Printemps 2016

De la part de l'éditeur

Sous la loupe

Preuves de l’existence de Jésus

David Hulme

Pendant des siècles, rares ont été les Occidentaux qui doutaient de l’existence de Jésus de Nazareth. Tant que la vérité historique des Écritures a été acceptée, c’est-à-dire pendant quelque 1600 ans, il n’a jamais été suggéré que Jésus puisse ne pas avoir vécu. Par la suite, avec l’époque des Lumières et les premiers pas de la révolution scientifique, un certain scepticisme a commencé à transparaître dans de nombreux sujets religieux. Il y a quelques mois, en commentaire d’une vidéo intitulée « How Did Jesus Really Die? » [Comment Jésus est-il mort en réalité ? (en anglais)] diffusée sur notre chaîne YouTube, un internaute a écrit : « C’est une question-piège puisqu’il n’y a aucune preuve de son existence réelle. Nous sommes à l’ère de l’information. Foi et croyances ne font pas le poids face au savoir. »

Par conséquent, prenons d’abord la question sous l’angle du savoir. Existe-t-il une preuve quelconque de la vie de Jésus, en dehors de la Bible ? Eh bien, on trouve effectivement la preuve qu’un homme nommé Jésus est mort crucifié à Jérusalem au premier siècle. D’après l’historien militaire juif Josèphe (37‑100), « vers le même temps vint Jésus, homme sage […]. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. […] Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l’eut condamné à la crucifixion, ceux qui l’avaient d’abord chéri ne cessèrent pas de le faire […]. » (Antiquités judaïques, XVIII.3.3.) Josèphe, qui était un militaire et un érudit juif, devint l’un des sympathisants romains lors de la révolte contre Rome au premier siècle, dans les années 60. Il ne croyait pas en Jésus. Les propos ci-dessus ont été scrutés par des chercheurs afin d’établir leur authenticité et, malgré la diversité des perspectives, la majorité d’entre eux s’accordent sur leur fiabilité.

« En dehors des textes bibliques, a-t-on quelque preuve de l’existence de Jésus au Ier siècle de notre ère ? [...] Je crois que, grâce à Josèphe, la réponse est oui. »  

John P. Meier, Un certain Juif, Jésus. Les données de l’histoire, 2009

Par ailleurs, Tacite, l’historien romain (environ 56‑120), indique que le nom des chrétiens « leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus » [Ponce Pilate] (Annales, XV.44). Ces deux sources indépendantes de la Bible peuvent être considérées comme impartiales.

Qu’en est-il du Nouveau Testament lui-même ? Un sceptique rejetterait immédiatement l’idée qu’il contient une vérité objective. Voyez pourtant comment l’un de ses auteurs décrit son travail dans une présentation qui mérite l’attention de toute personne qui s’intéresserait à Jésus et aux débuts de l’Église. Il s’agit de Luc, le médecin et évangéliste. En s’adressant à celui qu’il appelle Théophile, il précise sa façon de procéder : « Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, il m’a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d’une manière suivie, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus » (Luc 1 : 1‑4, Nouvelle Édition de Genève, 1979). Luc était un homme scrupuleux, qui s’apprêtait à rédiger une histoire sur la base de recherches personnelles minutieuses. Son récit n’en est pas moins valable que la brève allusion de Josèphe, et il fournit bien plus de détails !

Luc avait voyagé avec l’apôtre Paul et, dans le livre des Actes des Apôtres (qui suit son Évangile), il rend compte de nombreux événements survenus dans les premiers temps de l’Église et dans la vie de Paul. Cependant, peut-on se fier au texte de Luc ? Existe-t-il des indices extérieurs à l’appui de ce qu’il décrit ?

Pour ne citer qu’un exemple, Luc mentionne qu’à Corinthe, Paul fut jugé par le proconsul Gallion, peu après la prise de fonction de ce dernier vers l’an 50. L’existence de Gallion est attestée par une inscription découverte à Delphes, qui date son mandat des années 51‑52. Nous pouvons en déduire que Luc a consigné avec exactitude les circonstances et le moment du séjour de Paul.

Pour ce qui est de la fiabilité des écrits pauliens, on peut étudier les implications de la déclaration suivante, faite au sujet de la résurrection de Jésus. En écrivant à l’Église de Corinthe, il énuméra une longue liste de témoins, dont beaucoup pouvaient encore être interrogés : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu’il a été enseveli, et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu’il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi, comme à l’avorton » (1 Corinthiens 15 : 3‑8).

Qu’est-ce que Josèphe, Tacite, Luc, Paul et plus de cinq cents témoins auraient pensé de l’idée qu’il n’y avait aucun moyen de prouver la vie et la mort de Jésus ? Si l’on veut être honnête, il faut reconnaître qu’il y a là bien davantage que ne le suggèrent ceux qui écartent l’ensemble en prétextant que Christ n’a jamais existé.