Printemps 2017

De la part de l'éditeur

Sous la loupe

Et après la mort ?

David Hulme

Perdre des êtres aimés est toujours difficile, que ce soit pour cause d’accident, de maladie ou de vieillesse, ou bien de famine, de guerre ou de terrorisme. La mort fait partie de l’expérience humaine, mais le fait de le savoir n’efface ni le chagrin et la douleur, ni les conséquences à long terme.

Nous nous sommes tous interrogés sur la vie au-delà de cette vie : reverrons-nous ces êtres chers ou sont-ils perdus à jamais ? D’une manière ou d’une autre, sont-ils toujours en vie, immortels et peuvent-ils communiquer avec nous ? Sont-ils au ciel en train de nous observer, prêts à aider, ou continuent-ils à souffrir ?

Les lecteurs habitués de Vision savent que nous abordons les questions d’un point de vue biblique, et nous découvrons souvent que l’idée que les gens ont du contenu de la Bible « n’est pas forcément exacte ».

Comment les Écritures hébraïques définissent-elles l’être humain ? Sommes-nous simplement des entités physiques, des assemblages aléatoires d’atomes ? Ou sommes-nous des esprits prisonniers de corps physiques ? La confusion vient en grande partie d’une mauvaise interprétation du terme hébreu nephesh en Genèse 2 ; un verset y décrit la création du premier être humain : « L’Éternel-Dieu façonna l’homme, – poussière détachée du sol, – fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant [nephesh] » (Genèse 2 : 7, Tanakh). La formulation diffère dans d’autres versions, comme dans le texte anglais de la Bible King James où le mot hébreu a été restitué, non par « un être vivant », mais « une âme vivante ». Les traducteurs du dix-septième siècle étaient influencés par les pères des débuts de l’Église, aux deuxième et troisième siècles, qui eux-mêmes avaient accepté la notion philosophique, venue de l’antiquité grecque, selon laquelle l’être humain était un corps habité par une âme. Pour eux, l’âme était la partie essentielle et immortelle, le corps n’étant qu’une enveloppe temporaire. Pourtant, le livre de la Genèse nous enseigne que ce qui est appelé l’âme d’une personne ne peut jamais être que matérielle et physique. L’homme est devenu un être vivant quand il a été animé par le souffle de vie transmis par Dieu.

Le mot nephesh s’applique aussi aux animaux : « Dieu dit : Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants » (Genèse 1 : 20, Nouvelle Édition de Genève, 1979, pour cet article sauf indication contraire). Personne ne suggérerait que cela implique que les animaux marins ont une âme immortelle. Les animaux et les humains ne sont que des êtres vivants qui respirent grâce à l’oxygène.

L’un des auteurs d’une Bible d’étude, Jon Levenson, commente ainsi cette compréhension hébraïque de l’expression de la Genèse : « L’être humain n’est pas un amalgame composé d’un corps périssable et d’une âme immortelle, mais une unité psychophysique qui dépend de Dieu pour vivre » (Jewish Study Bible).

Le reste des Écritures hébraïques corrobore, sans surprise, ce point de vue. Le livre de Job indique que « dans l’homme, c’est l’esprit, le souffle du Tout-Puissant, qui donne l’intelligence » (Job 32 : 8). Le lien avec ce que nous avons lu dans la Genèse est évident mais ici, la partie pensante de notre être correspond à « l’esprit dans l’homme ». Il vient de Dieu et nous donne la capacité de comprendre.

Les Écritures hébraïques expliquent que les deux parties de cette unité psychophysique arrêtent de fonctionner lors de la mort. Le livre des Psaumes nous dit clairement que quand les hommes meurent, « leur souffle s’en va, ils rentrent dans la terre, et ce même jour leurs desseins périssent » (Psaumes 146 : 4).

Le livre de sagesse qu’est l’Ecclésiaste précise ceci : « Les vivants [par eux-mêmes] savent du moins qu’ils mourront, tandis que les morts ne savent quoi que ce soit [aucune forme de conscience ne perdure après la mort] ; pour eux plus de récompense, car leur souvenir même s’efface, leur amour, leur haine, leur jalousie, tout s’est évanoui » (Ecclésiaste 9 : 5‑6a, Tanakh). Et il est dit que les humains et les animaux auront le même destin puisque « la mort des uns est comme la mort des autres » (Ecclésiaste 3 : 19, Tanakh), que « la poussière retourne à la poussière, redevenant ce qu’elle était, et que l’esprit remonte à Dieu qui l’a donné » (Ecclésiaste 12 : 7, Tanakh). Le corps retourne à la terre, devenant une matière physique en décomposition (souvent poussière ou cendres), et l’esprit retourne vers Dieu.

« La conviction que l’âme poursuit son existence après la destruction du corps relève de la spéculation philosophique ou théologique, plus que de la simple foi, et n’est donc enseignée nulle part dans les Saintes Écritures. »

Kaufman Kohler, entrée « Immortalité de l’âme » traduite de The Jewish Encyclopedia

Malgré ce qui semble être la finalité de la mort, les Hébreux voyaient la fin de cette vie comme temporaire, comme une sorte de sommeil. Ils savaient que viendrait un temps de réveil, où le corps se reconstituerait et où l’esprit revivrait : une résurrection.

Le personnage central du livre de Job réfléchissait : « Mais si l’homme meurt, revivra-t-il ? Si tel était le cas, je garderais l’espoir, pendant toute ma vie de luttes, que ma situation vienne à changer. Tu appellerais et moi, je te répondrais. Ton désir serait résolument tourné vers ta créature » (Job 14 : 14‑15, Segond 21). De même, il s’est exclamé : « Quand ma peau aura été détruite, en personne je contemplerai Dieu. C’est lui que je contemplerai, et il me sera favorable. Mes yeux le verront, et non ceux d’un autre. Au plus profond de moi, je n’en peux plus d’attendre » (Job 19 : 26‑27, Segond 21).

Le retour à une vie consciente revêt deux aspects : physique et non physique. Le prophète Ézéchiel a évoqué une résurrection d’individus physiques à la vie physique : « Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements : Voici que je vais faire passer en vous un souffle, et vous revivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître autour de vous de la chair, et je vous envelopperai d’une peau ; puis je mettrai en vous l’esprit, et vous vivrez ; et vous reconnaîtrez que je suis l’Éternel » (Ézéchiel 37 : 5‑6, Tanakh). Le prophète Daniel a écrit au sujet de ceux qui seront relevés pour vivre ou mourir à jamais : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour la honte éternelle » (Daniel 12 : 2). Il a été dit personnellement à Daniel : « tu te reposeras [tu mourras], et tu seras debout [tu ressusciteras] […] à la fin des jours [loin dans le futur] » (Daniel 12 : 13). Tous ces versets parlent de personnes, auparavant physiques, qui se relèvent après avoir cessé d’exister pendant un certain temps.

Pour finir, voyons les paroles d’un autre Hébreux cultivé, l’apôtre Paul. Dans sa première lettre à l’Église de Corinthe, il expliquait que ce qui s’est passé pour le premier homme se produit pour chacun de nous : « tous meurent en Adam », mais en ajoutant que « tous revivront en Christ ». Il faisait référence à Genèse 2 : 7 en écrivant « Le premier homme, Adam, devint un être vivant [du grec psuche] », et en exprimant la voie de la résurrection par « Le dernier Adam [Christ] est un esprit qui communique la vie [du grec pneuma] ». Rien ne laisse penser que Paul ait admis la notion grecque de l’âme immortelle. Ce n’est pas le cas puisque l’original en hébreu ne portait pas cette idée. En fait, celle-ci est étrangère à la Bible dans les deux langues.

Toutes les interrogations de ce genre, sur le fait d’avoir une âme immortelle, d’observer du ciel les êtres aimés, de subir d’horribles tourments après la mort, de ne jamais revoir nos êtres chers, etc., peuvent trouver une réponse à travers ces vérités bibliques fondamentales.