Qu’est-ce qui constitue une maltraitance de personne âgée ?

Problèmes sociaux

 

Qu’est-ce qui constitue une maltraitance de personne âgée ?



Hiver 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La maltraitance envers les personnes âgées est un problème grandissant dans le monde entier. Les cas relatés aux travailleurs sociaux et aux personnes chargées de faire respecter la loi vont de la personne âgée qui est négligée ou sur laquelle les membres de la famille surchargés de travail (et qui sont chargés de s’en occuper) ne cessent de crier, jusqu’au membre de la famille ou la personne étrangère qui prend l’argent d’un senior ou l’attaque physiquement ou sexuellement.

Bien sûr, chaque délit n’est pas nécessairement classé dans les maltraitances. L’homme qui ne va pas permettre à sa mère âgée d’aller se promener toute seule, par exemple, est peut-être protecteur à l’excès mais pas maltraitant. Les vendeurs qui lèvent la voix sur un senior agissent peut-être de manière irrespectueuse, mais ces actes ne seront sans doute pas non plus classées parmi les maltraitances. Pour qu’une infraction soit considérée comme une maltraitance, elle doit généralement faire partie d’une des catégories suivantes :

1) Violence matérielle

La violence matérielle est le mauvais emploi, le détournement ou l’exploitation des possessions, de la propriété ou des biens financiers d’une personne âgée. Cela comprend le fait d’utiliser ces biens sans l’accord de l’individu ou de manipuler le senior ou l’adulte dépendant pour l’avantage financier ou le gain matériel d’une autre personne. Cela peut concerner des montants relativement peu élevés : par exemple, le fils qui connaît le code secret de la carte bancaire de son père utilise la carte et retire 40 $ pour se payer un repas au restaurant. Ou cela peut être le vol d’un montant plus important ou même s’accaparer des biens du senior.

« Il existe des lois contre l’exploitation financière, mais elle peut être difficile à prouver », selon Carmel Bitondo Dyer, codirectrice du Texas Elder Abuse and Mistreatment Institute. Elle observe beaucoup de cas d’utilisation abusive de procuration. La personne possédant une procuration doit pouvoir justifier l’utilisation de l’argent et montrer qu’il est utilisé pour les soins de la personne âgée. Cependant, comme le fait remarquer Dyer : « Si personne ne met en doute la façon dont l’argent est dépensé, il est possible que les gens qui exploitent ne se fassent pas prendre. » C’est particulièrement le cas si le senior n’a aucun contact avec des personnes de l’extérieur, personne d’autre ne pouvant savoir ce qui se passe.

2) Violence émotionnelle

La violence émotionnelle (ou psychologique) consiste à faire subir de manière intentionnelle une angoisse ou une détresse émotionnelle à la personne âgée. Cela peut comporter la menace, l’intimidation, l’insulte ou l’humiliation d’un individu. Par exemple : « Si tu mouilles le lit encore une fois, tu vas en maison de retraite », ou « Si tu ne signes pas ça, je ne te donne pas ton anti-douleur. »

« Tout le monde crie sur quelqu’un un jour ou l’autre », fait remarquer Lee Stones, gérontologue à Thunder Bay, Ontario, et consultant régional pour le Strategy to Combat Elder Abuse de l’Ontario. « Ce n’est pas le mot déplaisant qui arrive de temps en temps, c’est plutôt l’attitude qui consiste à marginaliser, minimaliser et crier qui constitue une maltraitance. »

La violence émotionnelle, ça peut être également le fait de couper une personne de ses amis et parents, lui interdisant tout contact (y compris par téléphone ou lors de visites) avec des personnes qui n’appartiennent pas au foyer familial.

3) Violence sexuelle

La violence sexuelle consiste à toute activité sexuelle pour laquelle le senior n’est pas consentant ou incapable d’y consentir. L’activité sexuelle peut aller de l’exhibitionnisme aux caresses et jusqu’à n’importe quel type de rapport sexuel.

4) Négligence et abandon

La négligence a lieu lorsque, de manière intentionnelle ou involontaire, une personne qui s’occupe d’un proche dépendant ne pourvoit pas à ses besoins physiques, émotionnels et sociaux. Cela peut impliquer un manquement à fournir de la nourriture ou des médicaments, des soins médicaux, ou même un environnement enrichissant. Par exemple, confiner la personne âgée dans une pièce vide où elle n’a rien à faire.

La négligence a généralement lieu lorsque la personne qui s’occupe du senior est surchargée de travail ou ignore les stratégies adéquates pour prendre soin du senior. « Quelqu’un prend un senior pour qu’il vienne vivre dans sa famille, mais cette personne est peut-être déjà surchargée de travail ou de problèmes de santé au point qu’elle ne peut pas prendre bien soin de ce senior », dit Sharon Brangman, chef de division en gériatrie à la SUNY Upstate Medical University de Syracuse, New York. Dans d’autres situations, les personnes qui s’occupent du senior ne savent tout simplement pas ce qu’elles devraient faire pour bien en prendre soin.

Dans les cas extrêmes, l’abandon a lieu lorsqu’une personne qui s’occupe d’un senior ou d’une personne dépendante l’abandonne complètement. « C’est lorsque vous prenez en charge le soin d’une personne âgée et que vous finissez par ne plus pouvoir gérer la situation », explique Laura Mosqueda, directrice du Elder Abuse Forensic Center dans le comté d’Orange, Californie. « Donc vous la déposez aux urgences ou vous déménagez dans un autre coin du pays sans regarder en arrière. »

5) Violence physique

La violence physique envers un senior a lieu lorsqu’un individu lui fait mal ou le blesse. Cela inclut les gifles, les coups, les coups de pied, les coups de poing, ou le fait de retenir quelqu’un. La violence physique laisse souvent des traces sur le corps de la victime : des traces de morsure, des bleus, des brûlures.

Ce genre de violence est généralement volontaire, mais elle peut également être involontaire. Dean Johnson, directrice exécutive du Conseil sur le vieillissement de Windsor, Ontario, s’explique : « Vous êtes frustré parce que vous êtes pressé et votre père, qui est âgé, ne marche pas assez vite, donc vous le prenez de manière plutôt brusque et vous le placez dans sa chaise. » Les os d’une personne âgée sont beaucoup plus fragiles, et si vous n’en êtes pas conscient, il se peut que vous exerciez une pression trop forte et les os vont se fêler. « Même si vous n’aviez pas l’intention de blesser votre père, ça sera quand même considéré comme une violence physique », dit-elle.

6) Négligence de soi

C’est la forme la plus répandue de maltraitance de personnes âgées. Les seniors qui se négligent refusent d’ordinaire toute aide professionnelle, ce qui peut être difficile pour la famille et les dispensateurs de soins de santé, sans parler du risque qu’encourt l’individu. « Dans ces cas, suggère Carlos Reyes-Ortiz de la Valle University School of Medicine, Colombie, il peut être justifié d’encourager, ou voire de forcer, l’admission dans un hôpital ou une maison de santé » (Neglect and Self-Neglect of the Elderly in Long-Term Care, dans les Annals of Long-Term Care, février 2001).

Cependant, le National Center on Elder Abuse avertit que « la définition de négligence de soi exclut une situation dans laquelle une personne âgée mentalement saine, qui comprend les conséquences de ses décisions, prend une décision consciente et volontaire de se lancer dans des actes qui menacent sa santé ou sa sécurité par choix personnel. » De tels individus, qui semblent tomber dans la catégorie de négligence de soi, sont considérés comme mentalement compétents pour gérer leurs affaires, ce qui crée de la frustration chez les membres de la famille et les services sociaux impliqués dans la situation.

REBECCA SWEAT
Traduit par Gaël Feltracco

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